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À l’occasion de la fin de la convention internationale Biomarine qui avait lieu à Rimouski du 1er au 3 octobre, retour sur les nombreuses occasions d’affaires offertes par la biomasse marine. Car, le Québec a tout ce qu’il faut pour se démarquer dans ce marché mondial en forte expansion.

La demande pour les biotechnologies marines augmente dans un grand nombre de secteurs d’activités. On les retrouve un peu partout, de l’alimentation au traitement de la pollution en passant par la médecine et les biomatériaux. Le Québec en profitera-t-il ?

Lorsqu’il revient à Rimouski, quelques année après avoir obtenu son diplôme en chimie organique à Montréal, Samuel Fortin intègre le Centre de recherche sur les biotechnologies marines (CRBM) à Rimouski. C’est là qu’il découvrira une classe de molécules aux propriétés très intéressantes, issues d’oméga-3 marins. Il développe des approches, qu’il fera ensuite breveter, pour les modifier afin d’en améliorer les caractéristiques. En 2009, il lance sa propre entreprise, SCF Pharma.

L’entreprise développe surtout des applications à partir de deux monoglycérides d’omega 3, soit le EPA et le DHA. « Sous forme de monoglycérides, les oméga-3 sont absorbés trois fois mieux que l’oméga-3 classique et sont plus efficaces pour diminuer l’inflammation », explique Samuel Fortin. Cela représente un avantage important, par exemple pour les patients atteints de fibrose kystique, lesquels assimilent difficilement les acides gras. Les avantages des propriétés anti-inflammatoires ont été démontrés auprès de patients atteints du cancer de la prostate. Des études sont aussi menées quant au rôle que pourraient jouer ces monoglycérides auprès de malades souffrant de leucémie.

Les biotechnologies marines peuvent donc mener à des applications très diversifiées, dans de multiples secteurs. Pour Guy Viel, directeur général du CRBM, ce ne sont pas les exemples qui manquent. Au Québec, la valorisation des co-produits de crevettes nordiques, de crabes des neiges ou de poissons a été l’un des premiers secteurs à se développer, notamment grâce à des entreprises comme Marinard.

En modernisant son usine, cette entreprise gaspésienne, qui transforme des millions de livres de crevettes nordiques par saison de pêche, a introduit un procédé pour valoriser les carapaces en en faisant une poudre pouvant servir d’ingrédients dans des produits alimentaires. L’an dernier, Merinov dévoilait les résultats d’une étude clinique démontrant que la protéine provenant des co-produits de crevette nordique diminue l’inflammation et aide à la réparation musculaire, ce qui pourrait ouvrir de nouveaux marchés à Marinard, comme les suppléments alimentaires pour sportifs.

Algues à tout faire

En ce moment, la grande vedette de la biotechnologie marine est sans conteste l’algue, grande ou microscopique. Il en existe des centaines d’espèces, chacune recelant des propriétés particulières, utiles aussi bien en alimentation ou en pharmacie que dans les biomatériaux, l’assainissement des eaux ou le traitement de la pollution aérienne.

Depuis juillet 2017, le carrefour parisien d’Alésia teste une colonne dépolluante à base de microalgues, développée par Suez. Grâce à un système de ventilation, les microalgues captent la pollution ambiante pour se nourrir et se développer et rejettent de l’air purifié à l’extérieur. On retrouve une colonne similaire dans l’usine de traitement des eaux usées de Colombes, en banlieue de Paris, pour traiter les fumées rejetées par le four d’incinération des boues de l’usine.

Les macroalgues font aussi l’objet d’une énorme convoitise, laquelle n’échappe pas aux acteurs du secteur québécois de la valorisation de la biomasse marine. En plus de cueillir les algues qui abondent sur les rives du Saint-Laurent, notamment dans le Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie, certains en font l’élevage afin de mieux contrôler la production de la ressource. Les Fermes marines du Québec, par exemple, produit des plantules d’algues qu’elle revend à des éleveurs. 

Certaines algues sont utilisées dans la cosmétique marine, un secteur en expansion, comme le démontre les marques telles Phytomer ou Thalgo. Elle sont aussi de plus en plus présentes dans notre alimentation. À Gesgapegiag, l’Association de gestion des ressources halieutiques Mi’gmaq et Malécite commercialise une relish de mer, un mélange à tartare et des épices à bases d’algues laminaires. La Distillerie Saint-Laurent, à Rimouski, a fait parler d’elle avec son Gin St.Laurent aux algues.

Le Québec innove

Les algues peuvent aussi avoir des applications thérapeutiques ou nutraceutiques. À Rimouski, InnoVactiv développe des ingrédients de spécialité utilisés dans des produits nutraceutiques, des produits de santé naturelle, des suppléments alimentaires ou en cosmétique. L’entreprise de douze employés a connu l’an dernier une robuste croissance de 30 %, notamment en raison de son InSea2.

« Cet ingrédient naturel provient de deux algues brunes de l’Atlantique Nord et aide à améliorer l’absorption du glucose sanguin par l’organisme humain, explique le PDG Patrice Dionne. Ce n’est pas un médicament, mais un produit de prévention utile, en raison des grandes quantités de sucre ajouté dans les produits que les gens consomment. »


L’entreprise exporte 95 pour cent de sa production, dont les trois quarts aux États-Unis. Elle consacre 10 à 15 pour cent de son chiffre d’affaires à la R&D. « Les biotechnologies marines sont un puits d’innovations encore largement inexploité au Québec, qu’il faut continuer de développer, croit le PDG. C’est une voie de création de valeur importante, puisqu’une grande partie des produits est destinée à l’exportation. Nous avons tout ce qu’il faut en termes de ressources pour développer de nombreuses nouvelles molécules.

De son côté, OrganicOcean développe des biostimulants agricoles à base d’algues brunes du Saint-Laurent. Elle en extrait des hormones de croissance, qu’elle formule pour les appliquer à des plantes terrestres. Cela renforce la résistance des plantes au stress ou encore maximise leur photosynthèse et leur croissance, contribuant à augmenter le rendement des cultures commerciales.

« Les biostimulants constituent la prochaine révolution dans le secteur agricole et OrganicOcean est bien positionné pour en profiter, avance son PDG Martin Poirier. Toute superficie cultivable est un marché potentiel pour nous. » L’entreprise compte déjà parmi ses clients de gros joueurs comme La Coop fédérée et Agrocentre au Québec ou encore Agromart en Ontario et dans les Maritimes.

Ces entreprises développent leurs propres innovations prometteuses. Reste à relever le défi de la commercialisation et de la croissance du secteur. « Le développement des biotechnologies marines doit se traduire par des commercialisations et l’essor d’une nouvelle économie biomarine, c’est le plus important », conclut Guy Viel. 

Source: Les Affaires
Lien: http://www.lesaffaires.com/secteurs-d-activite/sante-pharmaceutique-et-biotechnologies/les-produits-de-la-mer-sont-partout/597745
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