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La transition vers une économie sobre en carbone est une opportunité économique à saisir au nom des changements climatiques. Dans une étude réalisée par Aviseo Conseil pour le compte d’Énergir, dévoilée en janvier dernier, la production de gaz naturel renouvelable (GNR) deviendrait un moteur de développement économique majeur pour le Québec. Il contribuerait annuellement pour 1,6 milliard $ à son PIB, soit 0,37 % du PIB du Québec en 2018, dans le scénario où il permettrait de remplacer près des deux tiers du gaz naturel d’origine fossile à l’horizon 2030.

Dans sa Politique énergétique 2030 annoncée en avril 2016, le Québec avait mis en place des jalons pour permettre au Québec de devenir un véritable chef de file nord-américain dans les domaines de l’énergie renouvelable et de l’efficacité énergétique, profitant ainsi des possibilités offertes par le passage à une économie verte et plus écoefficiente.

Parmi ses objectifs pour atteindre la cible ambitieuse, la Politique a envisagé notamment de prendre les dispositions pour augmenter de 25 % la part des énergies renouvelables dans la production totale d’énergie et hausser de 50 % la production de bioénergie, par rapport à 2013.

Des économies potentielles appréciables

Le GNR représente un levier important pour contribuer à la transition énergétique, selon l’une des conclusions à laquelle en arrive Aviseo Conseil dans son étude qui compte plus d’une soixantaine de pages. Cette source d’énergie renouvelable produite localement peut remplacer le gaz naturel conventionnel afin de verdir le réseau gazier et déplacer encore davantage de gaz à effet de serre (GES) lorsqu’il est utilisé en remplacement des produits pétroliers comme le diesel dans le transport lourd, par exemple.

Ce rapport vient d’ailleurs rejoindre le constat fait dans l’autre étude intitulée Production québécoise de gaz naturel renouvelable (GNR) : un levier pour la transition énergétique, publiée en novembre 2018 par WSP et Deloitte. Celle-ci avance que le potentiel technico-économique de production de GNR au Québec pourrait s’élever jusqu’à 144,3 millions de GJ en 2030, ce qui représente près des deux tiers des volumes présentement distribués par Énergir. L’utilisation de ce volume de GNR en substitution du gaz naturel conventionnel pourrait ainsi éviter l’émission de 7,2 Mt CO2, ce qui représente plus que les émissions annuelles de 1,5 million de voitures ou environ 53 000 camions lourds.

Le potentiel technico-économique représente en fait la proportion de matières organiques résiduelles qui peuvent être transformées en gaz naturel renouvelable de manière rentable dans les conditions actuelles du marché. L’étude d’Aviseo Conseil confirme par ailleurs que le Québec accuse présentement un important retard par rapport à l’Europe en ce qui a trait au nombre de projets de production de GNR en opération. La majorité des volumes de GNR qui sont produits au Québec sont vendus aux États-Unis et ne sont donc pas comptabilisés au Québec. Énergir évalue du coup que les installations en activité ont contribué pour moins de 1 % des volumes de gaz naturel dans le réseau au Québec en 2017.

Rappelons qu’un projet de règlement publié dans la Gazette officielle du Québec, en août 2018, vise également à fixer la quantité minimale de gaz naturel renouvelable devant être livrée par un distributeur de gaz naturel à 1 % de la quantité totale de gaz naturel qu’il distribue à partir de 2020, et à hausser progressivement cette quantité jusqu’à la fixer à partir de 2025 à 5 % de la quantité totale de gaz naturel distribué.

Combler le retard

L’atteinte de ces nobles objectifs nécessitera forcément l’accélération du développement de projets de production de GNR sur le territoire québécois. Le potentiel de déploiement de la filière GNR est réel, mais un travail concerté des différents milieux, notamment en région, sera nécessaire afin de voir cette filière se déployer à son plein potentiel et pour permettre au Québec de bénéficier des effets structurants.

Pour combler ce retard, la nouvelle étude réalisée par Aviseo Conseil estime que la phase de construction des centres de production de GNR induirait des investissements de près de 20 milliards $, soutiendrait la création de plus de 88 000 emplois et permettrait aux gouvernements du Québec et du Canada d’obtenir des revenus de 1,3 milliard de dollars en impôts et taxes. Il va sans dire que les régions en ressortiraient gagnantes, puisque plus de 70 % du PIB supporté par la production de GNR serait généré là où seraient établies les installations de production.

Parce qu’elle est très riche en biomasse forestière, la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean contribuerait pour 29 % des investissements totaux et 30 % des dépenses annuelles de fonctionnement au Québec, alors que la Mauricie et le Nord-du-Québec accapareraient chacun plus de 10 % des dépenses d’investissement et de fonctionnement au Québec.

Plusieurs projets municipaux sont d’ailleurs déjà à l’étude ou en cours de planification. Ceux situés à Québec, à Varennes, à Montréal et à Beauharnois sont à ce jour bien avancés. Les projets qui ont déjà été annoncés dans le cadre du Programme de traitement des matières organiques par biométhanisation et compostage (PTMOBC), permettraient du coup au Québec de générer jusqu’à 20 millions de m3 de GNR par année.

Ces investissements créeraient en bout de piste plus de 88 000 emplois et contribueraient pour 8 milliards de dollars au produit intérieur brut du Québec. Une fois en exploitation, les centres de production de gaz naturel renouvelable soutiendraient pas moins de 15 000 emplois directs et indirects, dont un bon nombre à un salaire moyen non négligeable de plus de 63 000 $.

Par ailleurs, la production de GNR s’inscrit dans l’économie circulaire du Québec, ajoute l’étude, tout en valorisant des matières organiques résiduelles afin de produire localement une énergie renouvelable qui, ce faisant, permettrait de réduire grandement la dépendance aux importations d’énergie.

Source : Magazine MCI
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