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Les cosmétiques naturels semblent promis à un avenir radieux. Le segment représente seulement 6 % du marché français, mais bénéficie d’une croissance annuelle de près de 20 % depuis deux ans, atteignant 757 millions d’euros en valeur en 2018 selon Cosmébio. Et l’association de cosmétique écologique et biologique table sur 8 % à 14 % par an jusqu’en 2025. L’attrait pour le naturel n’a plus rien d’une tendance, c’est un axe solide et porteur, soutenu par la pression des consommateurs de plus en attentifs à ce qu’ils mettent sur la peau.

Nicolas Bertrand, le directeur de Cosmébio, pointe aussi "la défiance vis-à-vis des cosmétiques conventionnels" et le relais des "réseaux sociaux et applications" qui engendrent de "plus en plus de questions". Jusqu’à faire circuler de fausses données sur la sécurité des produits. "Le naturel est porté par la préoccupation environnementale du consommateur et l’idée que les produits naturels ou bio seraient plus sûrs. Ce qui n’est absolument pas le cas : tous les produits cosmétiques sur le marché européen sont sûrs", affirme Anne Dux, la directrice des affaires scientifiques et réglementaires de la Fédération des entreprises de la beauté. "Beaucoup de matières premières sont suspectes, souvent plus à tort qu’à raison, ajoute Laurent Sousselier, conseiller scientifique d’Unitis, le syndicat européen des producteurs d’ingrédients cosmétiques. Quand les gens voient "naturel", ils pensent "aucun danger". C’est faux, il existe des plantes et des champignons très toxiques."

Les parabènes sur la sellette

Depuis 1976, plus de 1 600 ingrédients ont été interdits en Europe en cosmétique. Et la vigilance reste de mise. Certains silicones, les D4 et D5, ont vu leur usage restreint depuis 2018 dans les produits à rincer en raison du risque pour l’environnement. Autre cas emblématique : les parabènes. Lesquels ont engendré une vraie hystérie des étiquettes "sans parabène" sur les produits, pratique interdite en France depuis le 1er juillet. "La plupart des parabènes sont sans danger, relève Laurent Sousselier. Certains ont été supprimés par principe de précaution."

Dans ce contexte, les producteurs d’ingrédients sont de plus en plus sollicités pour du naturel, notamment par les géants du secteur, comme L’Oréal dont la moitié des nouveaux produits intègrent désormais des matières premières renouvelables. Aujourd’hui, les spécialistes des ingrédients chimiques sont obligés de se diversifier vers le naturel, par croissance organique ou externe, sinon "leurs perspectives de croissance se réduisent comme peau de chagrin", souligne Laurent Sousselier. On assiste donc à une mutation dans le secteur des fournisseurs d’ingrédients. "Qu’ils soient originaires de la chimie ou créés sur le modèle de la biotech, aujourd’hui, quasiment tous ont un savoir-faire dans le naturel", confirme Christophe Masson, le directeur général de Cosmetic Valley.

Alban Muller n’a pas eu besoin de se réorienter. Fondée dès 1978 sur l’axe des actifs d’origine végétale, l’entreprise a toujours été ancrée dans le naturel. Mais elle a diversifié son portefeuille vers les ingrédients de formulation et les agents de texture naturels. Alexandra Jeanneau, la responsable de la communication scientifique, évoque une "grande demande en alternatives végétales dans les conservateurs, les silicones ou encore les huiles minérales".

Bonjour le propanediol

Cette substitution nécessite beaucoup d’innovations pour remplacer des ingrédients chimiques offrant des caractéristiques, sensorielles en particulier, pas toujours simples à reproduire en naturel. La biotechnologie a les cartes en main pour relever ce défi. Greentech est devenu l’un des plus grands fournisseurs d’ingrédients naturels pour les cosmétiques, marché représentant désormais 80 % de ses débouchés, alors que ce n’était pas un positionnement prioritaire. Mais l’entreprise a pu, en plus de ses compétences en extraction végétale, trouver des procédés via la fermentation de micro-organismes lui permettant de produire des ingrédients comme "des polysaccharides qui offrent des propriétés texturantes", illustre Jean-Yves Berthon, son PDG. "L’extraction végétale et la fermentation sont complémentaires pour répondre à la demande de naturalité", ajoute Benjamin Gonzalez, le PDG de Metabolic Explorer, focalisé sur la transformation génétique de bactéries produisant, par fermentation de matières renouvelables, des molécules d’intérêt, comme des ingrédients cosmétiques. Son 1,3-propanediol (PDO) offre ainsi une alternative aux parabènes pour la conservation. Metabolic Explorer a aussi trouvé une solution pour produire de l’acide glycolique utilisé dans les crèmes anti-âge ou antirides, à partir de sucres au lieu d’une voie pétrochimique.

Aujourd’hui, l’extraction végétale, la chimie verte et les biotechnologies sont les principales solutions pour la substitution d’ingrédients chimiques dans les produits cosmétiques. Mais des freins subsistent, comme la question du prix, notamment. Autre obstacle, et non des moindres : la substitution naturelle ne sera peut-être pas totale. Les esters, utilisés en agents de toucher, peuvent être obtenus à partir d’huiles végétales. Des solutions existent aussi pour les tensio-actifs, qui servent d’émulsionnant dans les crèmes ou les gels douche, et les agents de texture. En revanche, des alternatives manquent ou ne proposent pas assez de variantes pour les conservateurs, les filtres solaires, les colorants ou encore les ingrédients pour parfums. Du coup, en 2019, les produits cosmétiques affichant une composition 100 % naturelle sont encore rares. L’innovation dans les ingrédients cosmétiques a de beaux jours devant elle.

Source : L'Usine Nouvelle
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