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Depuis la mi-mars, le gouvernement a mis en place des mesures musclées pour juguler la propagation du nouveau coronavirus. Si une majorité d’entreprises ont été épargnées, certaines ont dû composer avec des employés infectés… et le risque qu’ils aient contaminé des collègues. Entre mises en quarantaine, directives de distanciation physique et poursuite des activités, particulièrement dans une entreprise jugée essentielle, comment concilier tous les enjeux? Une entreprise de notre industrie l’a vécu. Coup d’œil dans le rétroviseur.
 
Des signes avant-coureurs

Février 2020. Si certains endroits du monde étaient déjà en train de lutter contre le nouveau coronavirus, d’autres, comme le Canada et le Québec, surveillaient la situation sans savoir de quelle façon le virus progresserait, et même s’il frapperait réellement chez nous. « Nous commencions à recevoir des échos de notre siège social, situé en Europe, mais aussi de l’une de nos filiales en Asie, se souvient le dirigeant de l’entreprise spécialisée dans la fabrication de produits aidant à la lutte contre l’épidémie. On nous demandait de remplir des rapports quotidiens et nous n’avions rien à signaler. Notre réalité était bien différente. »

Mais le 13 mars, le gouvernement fermait les écoles et instaurait des mesures de quarantaine pour les personnes ayant voyagé à l’étranger et émettait différentes consignes de distanciation physique. « Cette journée-là, trois de nos employés revenaient de voyage, explique-t-il. Nous leur avons donc demandé de rester en quarantaine pendant 14 jours, comme le demandait la Santé publique. À compter de ce moment, nous avons rappelé à nos employés que s’ils devaient voyager à l’étranger, ils devraient se plier à la mesure de quarantaine, et ce, à leurs frais. Ils ont tous accepté de suivre les recommandations gouvernementales et la directive imposée par la direction. »

Jusque-là, pas d’écueil à l’horizon. Jusqu’au samedi 21 mars, jour où un employé a appelé pour déclarer à son employeur qu’il avait reçu un diagnostic positif de COVID-19. « Dans la région, il n’y avait pas beaucoup de cas, dit le dirigeant. Nous avons été parmi les premiers à vivre de tels événements. »

Quand les événements se bousculent

Lorsque l’employé touché est rentré le matin du 16 mars, il n’en menait pas large. Mais trois heures après son arrivée, il s’est senti fiévreux et s’est fait remplacer. En quittant, il a fait ce qu’il devait faire : aviser son remplaçant de son état et lui suggérer de bien nettoyer et désinfecter son espace de travail, question d’éviter de se retrouver avec un rhume ou une grippe.

Claviers, écrans, souris, surface de travail… le remplaçant de l’opérateur atteint a suivi le conseil et a procédé à un nettoyage en règle. Le travailleur malade a rappelé vers l’heure du midi pour dire qu’il avait communiqué avec la santé publique pour décrire ses symptômes et qu’on lui avait demandé d’aller passer un test, ce qu’il a fait. Avec le diagnostic qu’on connaît.

« S’en est suivie une enquête très rigoureuse des autorités de la santé publique de notre région, explique le dirigeant. Il fallait déterminer quels travailleurs, parmi nos équipes, avaient été exposés et à quel degré de risque ils étaient susceptibles d’être exposés. » Qui a travaillé avec l’employé touché? Combien de temps ont-ils été en contact? À quelle distance? En deux mots, quel avait été le parcours du travailleur infecté et quels étaient les risques – élevés, modérés ou faibles – que ses collègues puissent avoir contracté la COVID-19. L’objectif : faire en sorte que le virus ne se propage plus en mettant les personnes à risque élevé et modéré en quarantaine et déterminer de quelle façon l’employé avait attrapé la maladie. « Comme il n’était allé qu’à l’épicerie et au travail, le département de santé publique pensait qu’il pouvait y avoir été exposé à l’usine. » Mais ce n’était pas le cas.

Chaque fois qu’un employé était considéré comme étant à risque, il devait s’absenter un certain temps. « Nous n’avons jamais imposé de limite ni empêché qu’une personne s’absente s’il le fallait. Nous avons collaboré pleinement et entièrement avec le département de santé publique, parce qu’on ne voulait pas qu’il y ait de propagation au sein de notre organisation. On a même ratissé un peu plus large que prévu. » Mais le défi était total : il fallait que l’entreprise, qui apporte un effort majeur dans la lutte à la maladie en raison des produits qu’elle fabrique, poursuive ses activités tout en assurant la santé de ses employés.

Au total, 8 personnes ont été mises en quarantaine, 7 ayant été jugées à risque élevé et modéré, puisqu’elles partageaient le même local que le travailleur touché, en même temps ou à des heures différentes. Une autre a été jugée comme présentant un risque faible. « Nous lui avons aussi demandé de se mettre en quarantaine par mesure de prévention et pour rassurer tout le monde », soutient le dirigeant de l’usine.

Les bons gestes au bon moment
Tout au long des événements, l’usine n’a ménagé aucun moyen pour préserver la santé des employés. À commencer par l’application rigoureuse des consignes de la Santé publique et même parfois de façon plus élargie, une collaboration soutenue pour obtenir un portrait juste de la situation et s’assurer de limiter autant que possible la propagation et aussi et surtout une approche transparente auprès des employés.

« Après que l’employé m’eut appelé pour m’aviser de son diagnostic, j’ai ressenti le besoin d’appeler ses collègues qui partagent le même espace de travail pour les aviser avant que lui-même le fasse, explique le dirigeant. Je voulais leur dire que nous étions au courant et que nous allions agir rapidement. Avec le recul, je constate que c’était une bonne décision, puisque lorsque nos employés ont su, l’anxiété a augmenté d’un cran. Si je ne l’avais pas fait, les employés auraient eu le temps d’imaginer les pires scénarios. »

Il était là, le défi. Gérer l’anxiété et la peur. Rien de plus compréhensible. En de telles situations, il faut savoir doser entre la transparence et la confidentialité, afin de bien communiquer la situation, sans exagérer non plus les risques. « À partir du moment où on a décidé de confiner, de faire désinfecter, d’encourager la quarantaine. Le niveau d’anxiété a beaucoup diminué. Les gens considèrent qu’ils ne sont pas plus à risque à l’usine. Ils sont confinés. »
 
Autre défi : s’assurer que l’usine continue de fonctionner tout en limitant les risques de propagation au minimum. Une firme a été recrutée pour désinfecter les lieux. Le laboratoire et la salle d’opération ont été barricadées et sont strictement réservées aux employés qui doivent nécessairement s’y trouver. Et les effectifs ont été réduits au minimum. Un double défi puisque l’usine fabrique des produits qui entrent dans la confection de désinfectants et de nettoyants, particulièrement essentiels en temps de pandémie et puisqu’elle fait face à une augmentation significative de la demande.

Ainsi, depuis le 23 mars, l’usine a demandé à la moitié de ses opérateurs de rester chez eux et de se mettre en disponibilité au cas où d’autres cas de la maladie seraient déclarés. « Nous avons décidé de les rémunérer, mais leur demandons de se rendre disponibles au besoin. C’est ce qui permet de conserver les deux mètres requis pour limiter l’exposition au virus. Nous avons fait en sorte que si un cas devait se déclarer, un maximum de cinq employés seraient en quarantaine. »
Ce qui reste des événements

Finalement, le 29 mars est arrivé. Aucun des employés mis en quarantaine n’a présenté de symptômes. L’employé qui a été frappé par la maladie? Guéri. Est-ce qu’il y a des leçons à tirer? Des bons coups à souligner? Des décisions à revoir?
« On a réagi quand même rapidement, dit le dirigeant. Je pense qu’on aurait peut-être pu instaurer des mesures un peu avant, réduire plus rapidement au minimum les contacts physiques. Au lieu de nous retrouver avec une douzaine de personnes affectées, nous en aurions eu beaucoup moins », dit le dirigeant. Facile à dire avec le recul. Mais est-ce que les décisions auraient été les mêmes si aucun employé n’avait été atteint? Difficile à dire.

De tout ça, il reste beaucoup de positif. D’abord, une découverte : l’usine peut bien fonctionner avec une partie de son personnel qui travail en télétravail. « Nous avons découvert que nous sommes efficaces en télétravail et que nous pouvons réunir des conditions qui nous permettent de conserver le sentiment d’appartenance à une équipe. » Une belle révélation.
Enfin, il y a la confiance et la certitude pour les employés de travailler dans un milieu responsable, qui prend à cœur leur santé et leur bien-être. « Nous avons aussi constaté que nous pouvons faire fonctionner l’usine dans des conditions différentes, avec des effectifs réduits. Mais nous avons aussi et surtout montré concrètement que nous avons collectivement les mêmes valeurs : la santé de nos employés et de leurs proches. »  


































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