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La pénurie de main-d'œuvre fait les affaires des chasseurs de têtes et autres recruteurs professionnels. Ils sont sollicités comme jamais. Cependant, ce fléau parti pour durer leur complique aussi la tâche.

"C’est comme du jamais vu. Tout le monde cherche des gens. La business, elle tombe du ciel. La business est bonne", assure Martin Mercier, associé chez Technogénie, agence spécialisée dans le domaine des sciences, de la technologie et de l’ingénierie.

L’activité est à ce point florissante pour lui qu’il est contraint de refuser de nouveaux contrats. Ce qui ne lui était jamais arrivé jusqu’à présent.

"C’est nouveau depuis le début de l’année et ça me fait mal au cœur. Mon but n’est pas de signer un maximum de contrats pour pas les fermer. À court terme, je vais peut-être faire des sous. Mais à long terme, je scie la branche sur laquelle je me suis assis."

Du travail à foison

Martin Mercier n’est pas le seul à crouler sous les demandes. Le constat est général. Ceux qui dictent le marché, ce sont les candidats. Car, comme le rappelle Jean-François Boudreault, de chez Raymond Chabot Grant Thornton, l’offre est présentement supérieure à la demande.

"En ce moment, il y a deux offres pour un candidat. Il y a de l’emploi amplement pour ceux qui veulent travailler."

Éliane Trudel, directrice associée au Groupe Perspective, va même plus loin : "Les candidats ont le choix; ils ont le choix de choisir. Ils vont avoir entre les mains 3, 4, 5, 6 offres en même temps pour décider où ils vont travailler."

Trouver la perle rare s’apparente alors à dénicher une aiguille dans une botte de foin, et réclame de la patience.

"En général, nos processus de recrutement duraient entre six et huit semaines. Maintenant, c’est plutôt trois mois et des fois, quatre", révèle Jean-François Boudreault.

Cela les oblige également à revoir leurs stratégies d’approche.

'De recruteurs, on est rendu des vendeurs, des vendeurs d'opportunités. Faut les appeler deux-trois fois et faut mettre en avant les avantages que nos clients offrent", affirme Martin Mercier.

Fini le temps où lui et ses confrères proposaient de simples offres d’emploi. Il est impératif désormais de sortir l’artillerie lourde.

"On ne mise plus sur les tâches, mais sur tout le reste : possibilité de télétravail, fonds de retraite, cotisation de REERRégime enregistré d'épargne-retraite, gym sur place… On vend une opportunité globale", poursuit-il.

Et même avec le plus bel emballage, l’affaire n’est pas gagnée d’avance.

Contre-propositions

"La pandémie a amené certaines incertitudes. Avant de se lancer, avant de changer, les gens réfléchissent beaucoup, analysent les marchés, regardent les tendances", souligne Jean-François Boudreault.

"Ne dit-on pas prudence est mère de sûreté?" Éliane Trudel modère.

Tout dépend où se trouve la personne dans sa vie. Si elle est prête à changer d’emploi, elle va changer d’emploi. Mais effectivement, la pandémie a rendu des gens plus frileux, du fait de l’incertitude qui plane.

Et c’est sans compter le phénomène des contre-offres.

"Quand un employé donne sa démission, de plus en plus de patrons lui font une autre proposition pour le garder. Parce qu’ils savent que ça va être compliqué de le remplacer", explique Martin Mercier.

Tourisme, hôtellerie, construction, soutien administratif, postes en usine… Tous les domaines sont touchés, et partout, les besoins sont énormes.

Même chez les pharmaciens

Isabelle Bégin, la présidente d’AlliancePharma, peut l’attester. Son agence est spécialisée dans le recrutement des pharmaciens et des assistants techniques.

"Cette année, ça a été exponentiel à partir du printemps. Et j’ai 20 % de mes clients qui ne sont pas comblés."

En conséquence de quoi, un nombre grandissant de pharmaciens propriétaires songent à vendre leur officine.

"Avant, sur une année, je pouvais discuter avec quelques clients qui pensaient prendre leur retraite anticipée ou qui me disaient qu’ils étaient prêts à vendre. Là, j’en ai au moins deux par mois. Ou alors, ils voudraient vendre et devenir remplaçants parce qu’ils adorent leur pratique et que ce serait moins lourd."

La pénurie de travailleurs, ce sont des réalités d’employeurs et de recruteurs. Ce sont aussi des chiffres. Selon Statistique Canada, le nombre de postes vacants au Québec ne cesse d’augmenter.

Il était de 114 215 au premier trimestre 2019, avant de s’élever à 128 410 (+ 12,4 %) au premier trimestre 2020, et enfin atteindre les 146 865 (+ 14,4 %) au premier trimestre 2021.

L'affaire de tous

Le gouvernement Legault a conscience du problème et peaufine ses politiques depuis septembre 2019, notamment son Plan d’action sur la main-d'œuvre.

Pour autant, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, prévient que les entreprises doivent se prendre en main, car le manque d’employés est l’affaire de tous.

Surtout, il met en garde contre le creux historique des 15-64 ans que prédisent les économistes et les démographes en 2030.

Signe que ce n’est pas demain que la demande égalera ou dépassera l’offre sur le marché du travail. Les recruteurs ont encore de beaux jours devant eux et du pain sur la planche.

Source : Radio-Canada
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