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Que ce soit à l’échelle internationale (OCDE, 2017a et 2017b; Commission européenne, 2017; Eurofound, 2016; BIT, 2016; ONU, 2015) ou nationale (U.S. BLS, 2016 ; MOYSER, 2017 ; Institut pour l’égalité des femmes et des hommes et autre, 2016 ; ONS, 2016; Blau et Kahn, 2016), la question des écarts de rémunération entre les femmes et les hommes fait toujours amplement l’objet de réflexions puisque des différences persistent partout dans le monde au détriment des femmes (OCDE, 2017b ; BIT, 2016).

Le Québec n’y échappe évidemment pas, mais il a vu au cours des deux dernières décennies, à l’instar d’autres régions, une amélioration sur ce plan (Legault, 2017a; Kunze, 2017; Commission européenne, 2017; ONS, 2016; U.S. BLS, 2016; Blau et Kahn, 2016). Si les avancées au Québec se sont produites dans un contexte de rehaussement notable de la scolarisation et de la participation des femmes (Gauthier, 2014; Cloutier-Villeneuve et Rabemananjara, 2016) de même que dans un contexte de mise en œuvre de politiques publiques favorables à une  plus grande égalité sur le marché du travail (équité salariale, équité en emploi ou accès à l’égalité, conciliation emploi-famille), il reste que les femmes accusent toujours un déficit par rapport aux hommes en matière de rémunération qui est loin d’être négligeable, tout comme ailleurs au Canada (voir encadré 1).

Devant cet état de fait, l’intérêt des analyses porte sur la détermination des facteurs qui pourraient être en cause. L’un de ceuxci souvent mis en avant-plan est le fait que les femmes et les hommes ne sont pas répartis de la même façon sur le marché du travail quant aux types d’emplois occupés (professions) et au milieu dans lequel ils se trouvent (industries).

Cela résulterait notamment des différences dans les profils éducationnels (niveaux et domaines), des choix de carrière, des possibilités d’emplois et des obligations personnelles et familiales. Ainsi, la composition de la main-d’œuvre féminine et masculine différerait sur les plans professionnel et industriel, mais aussi sur le plan des caractéristiques des emplois occupés et du type de milieu de travail, et cela expliquerait en partie  les écarts de rémunération observée (OCDE, 2017a; Blau et Kahn, 2016; BIT, 2016; Chamkhi et Toutlemonde, 2015; Muller, 2008; Ghailani, 2007; Petit, 2006).

Ce constat ne date pas d’hier, mais un regard rétrospectif sur les tendances dans la composition de la main-d’œuvre au Québec chez les femmes et les hommes est susceptible d’apporter un éclairage sur la réduction de l’écart de rémunération horaire observée entre les sexes depuis une vingtaine d’années (Cloutier-Villeneuve et Rabemananjara, 2016).

Tel est l’objectif du présent article, qui présente l’évolution de la composition de la main-d’œuvre féminine et masculine québécoise principalement selon diverses caractéristiques liées à l’emploi et au milieu de travail. Dans un premier temps, on décrit brièvement l’approche méthodologique retenue. L’analyse des résultats suit et, en dernier lieu, on met en lien ceux-ci avec l’évolution générale de la réduction de l’écart de rémunération horaire entre les femmes et les hommes au Québec.

Les femmes toujours plus scolarisées que les hommes sur le marché du travail

De façon générale, les femmes ont tendance à être davantage scolarisées que les hommes sur le marché du travail. La figure 1 le révèle bien alors que les travailleuses détiennent plus fréquemment un niveau d’études universitaires ou encore collégiales en 2016. Ainsi, environ 60% de ces dernières ont fait des études avec de tels niveaux, contre moins de 50% chez les hommes.

Plus particulièrement, on remarque sur la période une augmentation d’environ 10 points de la part des travailleuses ayant un niveau d’études universitaires, un phé- nomène beaucoup moins marqué chez les hommes. Le rehaussement de la scolarité se fait d’ailleurs surtout dans ce niveau de formation, et ce sont les femmes qui en profitent le plus.

Par ailleurs, en présence de cette meilleure scolarisation, la proportion d’hommes et de femmes en emploi ayant de faibles qualifications (sans diplôme d’études secondaires) perd en importance entre 1998 et 2016. En effet, la part des travailleurs et des travailleuses peu scolarisés enregistre une baisse de près de 10 points.

Malgré ces tendances similaires, les hommes sur le marché du travail affichent davantage ce niveau d’études que les femmes. En somme, la composition de la main-d’œuvre féminine se distingue de celle masculine lorsqu’il est question de scolarité

La polarisation des heures de travail persiste entre les travailleuses et les travailleurs

Comme le montre la figure 2, les diffé- rences en matière de durée du travail s’observent particulièrement dans le temps partiel et le temps plein de longue durée. Les travailleuses se trouvent plus concentrées dans le temps partiel, en particulier volontaire, et les hommes sont plus fréquemment présents dans le temps plein de longue durée. Ainsi, en 2016, on compte environ 20% des travailleuses dans la catégorie du temps partiel volontaire, comparativement à environ 10% du côté des hommes.

Les chiffres s’inversent lorsqu’il est question du temps plein de longue durée. Le gros du contingent des travailleuses et des travailleurs en emploi se trouve toutefois dans le temps plein de durée normale (30-40 heures), où environ les deux tiers des effectifs y sont concentrés. Toutefois, dans cette tranche d’heures, les femmes font davantage des semaines de travail  de 35 à 39 heures et les hommes de 40 heures (Cloutier-Villeneuve et Rabemananjara, 2016). Sur la période, on note des changements dans la composition de la main-d’œuvre.

En effet, les travailleurs sont moins présents dans le temps plein de longue durée et ils apparaissent davantage occuper des emplois à temps partiel de façon volontaire. Ces tendances laissent entendre que la composition de la main-d’œuvre tend à se rapprocher entre les femmes et les hommes sur le plan de la durée du travail, mais des écarts importants persistent toujours.

La composition de la main-d’œuvre au regard du type de profession montre encore des différences appréciables entre les sexes malgré une certaine tendance à la convergence en ce qui a trait aux emplois non manuels

Une des caractéristiques qui différencient grandement les femmes et les hommes sur le marché du travail est le type ou la nature de la profession occupée. Les femmes sont ainsi davantage concentrées dans les emplois de type non manuel ou mixte et les hommes dans les emplois de type manuel. La figure 3 illustre bien cette différenciation dans la composition de la main-d’œuvre salariée.

En 2016, un peu plus de 50% des travailleuses occupent un emploi non manuel, contre environ 40% chez les hommes. Dans les emplois manuels, le rapport est encore plus frappant alors que près de 4 travailleurs sur 10 s’y trouvent, contre seulement une travailleuse sur 10 environ.

ans les deux groupes, toutefois, une tendance à occuper moins d’emplois de type manuel se dessine, en particulier chez les hommes, alors que cette baisse se conjugue à une plus grande présence à la fois dans les emplois mixtes et non manuels. Dans ce dernier cas, l’écart semble s’être rétréci entre les sexes. 

La composition de la main-d’œuvre au regard de la qualification de l’emploi occupé a changé entre les sexes entre les années 1998 et 2016, et ce, en très large partie grâce aux femmes

En début de période, on ne dénote pas de grandes différences dans la composition de la main-d’œuvre féminine et masculine lorsqu’il est question de la qualification des emplois (figure 4). Ainsi, en 1998, environ les deux tiers des femmes et des hommes sur le marché du travail occupent un emploi moins qualifié (figure 32).

Toutefois, en présence d’une plus grande qualification des femmes, la composition de cette main-d’œuvre change au fil du temps, si bien que les femmes apparaissent se différencier de leurs homologues masculins par une diminution de leur part d’emplois moins qualifiés au profit d’emplois plus qualifiés de l’ordre d’environ 10 points sur la période.

En 2016, presque 50% des travailleuses occupent un emploi qualifié, alors que la proportion chez les hommes est en deçà des 40%. Ces derniers n’affichent pas de véritables changements et demeurent largement cantonnés dans les emplois moins qualifiés.

Au fil du temps, les femmes occupent davantage d’emplois de niveau technique collégial que les hommes

En 2016, les emplois de niveau professionnel (formation universitaire) ainsi que de niveau technique (formation collé- giale) sont plus présents chez les femmes que chez les hommes, alors que c’est l’inverse dans le cas des emplois de niveau technique (formation postsecondaire). En effet, comme le montre la figure 5, environ 40% des travailleuses occupent soit un emploi de niveau technique collégial, soit un emploi de niveau professionnel. Or, chez les hommes, la part est en deçà des 30%.

Ces derniers sont par contre davantage présents dans les emplois de niveau technique postsecondaire alors qu’environ le quart d’entre eux s’y trouvent, contre environ 15% chez les femmes. Les travailleuses font par ailleurs des avancées non négligeables dans leur présence dans les emplois de niveau technique collégial (hausse d’environ huit points sur la période) au profit entre autres de ceux du domaine technique postsecondaire, mais surtout de ceux moins qualifiés (niveau intermé- diaire).

Les hommes montrent également une moindre présence dans ce niveau de compétence. Enfin, les emplois de gestion occupent une fraction de l’ensemble de l’emploi salarié, tant chez les travailleuses que chez les travailleurs, et leur part n’apparaît pas avoir véritablement changé au fil du temps. Ces résultats montrent qu’il y a encore des différences dans la composition de la main-d’œuvre féminine et masculine, et que cela s’explique en grande partie par les emplois plus qualifiés, soient ceux de niveau technique collégial et professionnel universitaire.

Note: Pour lire l'article au complet voici le lien.

Source : Portail RH
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