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Les cours du pétrole ont chuté de plus belle vendredi dans un marché menacé par la surproduction, à deux semaines d'une réunion de l'OPEP où les Saoudiens seront sous forte pression américaine.

Vers 9h20, le baril de light sweet crude (WTI) pour livraison en janvier, la référence américaine du pétrole, cotait 51,23 $ sur le New York Mercantile Exchange (NYMEX), soit 3,40 $ et 6,2 % en dessous de jeudi soir.  Il a même atteint 50,60 $ vers 9h.  

La référence européenne du brut, le Brent, est, pour sa part, passée brutalement sous la barre symbolique des 60 $ et cotait 59,74 $ à 9h20 sur l'Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en baisse de 2,86 $. Vers 9h, il est descendu jusqu'à 59,26 $.

Les cours de ces deux références de l'or noir n'ont plus coté aussi bas depuis plus d'un an. Début octobre, le WTI et le Brent avaient atteint leurs plus hauts niveaux en quatre ans, respectivement au-delà de 75 et 85 $. Mais depuis, ils ont plongé de plus de 30 %.  

« Toute la semaine a été très difficile pour les cours du pétrole [...] du fait d'inquiétudes quant à une surabondance de l'offre et de craintes pour la croissance mondiale », a expliqué Lukman Otunuga, analyste chez FXTM.  

Il note que nombre d'investisseurs continuent de parier sur une baisse des cours, et ce « même si les pays exportateurs de l'OPEP pourraient réduire leur production lors de leur réunion de début décembre ». « Le WTI pourrait très bien chuter à 50 $ à court terme », a-t-il prévenu.  

Les investisseurs s'inquiètent d'une surabondance de l'offre de pétrole sur le marché quelques semaines après la mise en place de nouvelles sanctions américaines contre l'Iran, marquées de plusieurs exemptions pour le commerce d'or noir, qui ont surpris les analystes par leur ampleur.  

Les stocks de pétrole brut aux États-Unis ont d'ailleurs augmenté plus fortement que prévu la semaine dernière, selon les derniers chiffres officiels américains publiés mercredi et qui ont contribué au repli des cours. 

L'axe Washington-Riyad

Les yeux se tournent toutefois déjà vers la prochaine réunion de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), au sein de laquelle l'Arabie saoudite joue un rôle prépondérant. Réunis dans deux semaines à Vienne, les ministres de l'OPEP échangeront aussi avec leurs partenaires non-membres du cartel, dont la Russie fait partie, à propos de leurs niveaux de production, tant scrutés par les marchés.  

« Le ministre de l'Énergie saoudien al-Faleh a assuré hier que son pays n'a pas l'intention d'inonder le marché de pétrole », ont expliqué les analystes de Commerzbank. « Ceci laisse penser qu'on pourrait revenir sur la dernière hausse de production décidée par l'OPEP par anticipation des sanctions américaines contre l'Iran », ont-ils ajouté.  

Le 12 novembre, M. al-Faleh avait d'ailleurs déclaré qu'il faudrait réduire la production mondiale de pétrole d'un million de barils par jour afin d'équilibrer le marché.  

Mais dans le même temps, le président américain, Donald Trump, remercie ostensiblement Riyad pour la baisse des cours du pétrole, après avoir témoigné un soutien appuyé au régime saoudien dans l'affaire du meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, notamment au prince héritier Mohammed ben Salmane surnommé « MBS ».

« Au vu de ceci, il va être difficile politiquement à l'Arabie saoudite d'organiser une baisse coordonnée de la production de l'OPEP à la réunion du 6 décembre à Vienne », ont jugé les experts de Petromatrix.

« Le président américain a apporté un soutien marqué à "MBS" et nous ne pouvons imaginer Trump accepter l'affront d'une réduction de production », ont prévenu ces analystes.

Une baisse de production du cartel et de ses alliés pourrait entraîner un rebond des cours et, in fine, des prix du carburant à la pompe pour les consommateurs, y compris américains, que veut défendre bec et ongles Donald Trump.

Source : La Presse
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