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  Le marché semble commencer à se rééquilibrer, notent des analystes.

New York — Les cours du pétrole ont fini en petite baisse lundi, peu affectés par la réunion des pays producteurs dimanche à Doha, où ces derniers n’ont pas trouvé d’accord sur le gel de la production dans un marché croulant sous les excédents. 

Le cours du baril de référence (WTI) pour livraison en mai a perdu 58 ¢ US à 39,78 $US sur le New York Mercantile Exchange. « Le coup à l’estomac provoqué par l’effondrement des pourparlers de Doha sur un gel de production laisse les partisans d’une baisse [des cours] aux commandes », a commenté Matt Smith, chez ClipperData. 

Les investisseurs avaient espéré voir la réunion de Doha, rassemblant 18 pays producteurs de pétrole membres ou non de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, aboutir à une décision sur un gel d’une production surabondante qui pèse sur les prix depuis près de deux ans. Mais après six heures de tractations, le ministre qatari de l’Énergie, Mohammed ben Saleh al-Sada, a annoncé qu’il fallait plus de temps, douchant l’optimisme du secteur. D’autant qu’aucune date n’a été fixée pour une nouvelle réunion. Les divergences entre l’Iran, qui a annoncé au dernier moment son absence à la réunion, et l’Arabie saoudite, ont empêché les tractations d’aboutir.

Toutefois « le recul du brut aujourd’hui a été modéré par les nouvelles venues du Koweït », où une grève dans le secteur pétrolier aurait réduit de 60 % la production journalière, à 1,1 million de barils par jour, notait M. Smith. 

Certains analystes « disent que la déception de Doha est en fait positive », parce que « faute de hausse des cours à court terme, [la production] va nettement baisser cette année », a rapporté Bart Melek, chez TD Securities. À l’appui de cette thèse, M. Smith a rappelé que la production américaine s’affichait désormais sous le seuil des 9 millions de barils par jour, et que l’Agence internationale de l’énergie avait prédit une accélération de la baisse de l’offre pétrolière hors OPEP cette année et en 2017. « Nonobstant Doha, le marché commence à se rééquilibrer », notait M. Smith. 

« Le marché est bien en train de se rééquilibrer, mais le processus sera graduel », a noté de son côté Tim Evans, chez Citi. « Vu le niveau actuel de l’offre et de la demande, nous pensons que le pétrole devrait retomber vers une zone de 35 à 37 $US le baril de WTI », a déclaré M. Melek.

Hausse à Wall Street 
En Bourse, Wall Street a monté lundi au plus haut de l’année et témoigné d’un entrain toujours difficile à entamer : le Dow Jones a pris 0,6 % et le Nasdaq 0,4 %. Selon des résultats définitifs, l’indice vedette Dow Jones a gagné 106,70 points à 18 004,16 points, terminant au-dessus de 18 000 points pour la première fois depuis le 20 juillet dernier, et le Nasdaq, à dominante technologique, 21,80 points à 4960,02 points. L’indice S&P 500, jugé le plus représentatif par de nombreux investisseurs, a avancé de 13,61 points, soit 0,7 %, à 2094,34 points. À Toronto, l’indice composé S&P/TSX a avancé de 82,62 points pour clôturer à 13 719,82 points, soutenu par les actions des secteurs de l’énergie et des métaux de base. De son côté, le dollar canadien s’est apprécié de 24 centièmes à 78,14 ¢US. « Franchement, c’est un peu surprenant », a reconnu Chris Low, de FTN Financial. 

Alors que de nombreux observateurs mettaient en garde sur un repli du marché en cas d’issue décevante à la réunion de Doha, les trois indices ont fini à des niveaux sans précédent depuis la fin 2015, quand bien même ce sommet s’est conclu sans aucun accord. « Mais si l’on se remet en tête la fin de la semaine dernière, cette réunion faisait déjà l’objet de doutes, a avancé M. Low. Le pétrole est peut-être retombé sous 40 $US le baril, mais il reste bien au-dessus des 30 $US, donc ce n’est peut-être pas si terrible… » 

De fait, le secteur de l’énergie, loin de peser sur Wall Street, l’a carrément tirée vers le haut en prenant quelque 1,5 % au sein du S&P 500. « Cela laisse perplexe, mais c’est que les investisseurs veulent être confiants », a estimé Jack Ablin, de BMO Private Bank. 

En l’absence de chiffres américains importants, les observateurs essayaient de trouver des explications à la résistance de Wall Street. M. Low citait des statistiques meilleures que prévu en Chine, tandis que M. Ablin évoquait des propos de William Dudley, vice-président de la Réserve Fédérale, qui s’est montré prudent quant au rythme prévu par l’institution pour durcir sa politique. Reste qu’« il est aussi important de voir ce que les investisseurs choisissent d’ignorer que ce qu’ils choisissent de retenir », a conclu M. Low.

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