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La récente chute du prix auquel les producteurs des sables bitumineux peuvent vendre leurs barils illustre à quel point les oléoducs sont engorgés, dans un contexte de forte production, signalent des économistes en évoquant la popularité du transport par train.

L’écart entre le cours du pétrole WTI (Texas) et le Western Canadian Select (WCS) s’est établi à 50 $ la semaine dernière, résultat d’un pétrole canadien qui a sombré sous la barre des 20 $ alors que celui des États-Unis se négocie au-delà de 70 $.

« L’escompte sur le WCS implique que les producteurs canadiens reçoivent moins pour leur pétrole qu’un producteur à l’étranger. Ainsi, l’incitatif à investir dans l’industrie pétrolière au Canada est moins grand, surtout si cette tendance se maintient à long terme », a écrit lundi une économiste de Desjardins, Carine Bergevin-Chammah, dans une note d’analyse.

En somme, selon Desjardins, la production albertaine a augmenté plus vite que prévu cette année, contribuant ainsi au problème, alors que certaines raffineries américaines ne peuvent pas accepter davantage de pétrole en raison de leurs travaux d’entretien.

Le redémarrage des raffineries américaines devrait permettre aux prix de remonter graduellement dans les prochains mois, même si « la question du transport demeure un enjeu ».

« Les producteurs canadiens sont forcés d’accepter des prix escomptés en raison des stocks élevés », ont écrit de leur côté vendredi des économistes de la Financière Banque Nationale. « Les stocks albertains sont à un sommet. Cela, évidemment, est le résultat d’une capacité de transport limitée (pipelines et transport ferroviaire) combinée à une production pétrolière record. »

Si la production canadienne augmente plus vite que prévu en 2018 par rapport à l’an dernier, c’est en raison de la mise en service de certaines installations, a mentionné le gouvernement de l’Alberta dans la version estivale de sa publication. Ces nouvelles phases se trouvent notamment dans les sables bitumineux, qui produisent la majeure partie du pétrole canadien.

La production pétrolière canadienne, très lourdement axée sur l’Alberta, devrait passer de 4,2 millions de barils par jour, en 2017, à 5,6 millions en 2035.

« Les producteurs canadiens continuent d’être aux prises avec des contraintes d’oléoduc au moment où des projets autorisés par le gouvernement fédéral, comme Trans Mountain de Kinder Morgan, la Ligne 3 d’Enbridge et Keystone XL de TransCanada, sont plongés dans l’incertitude », a écrit l’Association canadienne des producteurs pétroliers dans une mise à jour à l’été 2018.

Transport ferroviaire

Cela survient au moment où le transport de pétrole par train atteint des sommets. Selon les données colligées par l’Office national de l’énergie (ONE), les producteurs de l’Ouest canadien ont été forcés de se tourner vers le chemin de fer pour écouler leur produit. Alors que les transporteurs canadiens sortaient du pays 100 000 à 120 000 barils par mois à l’été 2017, ils en transportaient deux fois plus à l’été 2018, soit 205 000 barils.

Tandis que le cours du WCS poursuivait sa descente, à la fin du mois de septembre, le producteur albertain Cenovus, né de la scission d’Encana en 2009, a annoncé des contrats de trois ans avec le Canadien National et le Canadien Pacifique.

Le pétrole sera ainsi chargé en Alberta et prendra la route du golfe du Mexique. Il s’agira d’environ 100 000 barils par jour.

« Le transport de pétrole par train fait partie d’une approche variée que nous avons pour livrer notre produit au marché », a déclaré le président de Cenovus, Alex Pourbaix, le 26 septembre. « Notre stratégie ferroviaire permet de limiter l’effet de la congestion des oléoducs sur le prix. Bien que nous ayons confiance que de nouveaux oléoducs seront construits, ces contrats ferroviaires nous aideront à vendre notre pétrole sur des marchés où le prix est plus élevé. »

Source : Le Devoir
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